Ce que dit la recherche
En 2020, Samantha Joel et une centaine de co-auteurs ont repris 43 études longitudinales sur le couple, et cherché par apprentissage automatique quelles variables prédisaient le mieux la qualité relationnelle. Le résultat, publié dans PNAS, est net sur deux points.
Les variables propres à la relation prédisent bien : la satisfaction déclarée, l’engagement perçu, l’appréciation reçue, le conflit. Les caractéristiques individuelles des partenaires prédisent beaucoup moins. Et la similarité entre partenaires n’ajoute pratiquement rien une fois le reste pris en compte.
Autrement dit : la question « sommes-nous compatibles » telle que la posent les tests, en comparant des traits, porte sur la dimension la moins prédictive de toutes.
Ce que mesure un score de compatibilité
La plupart des tests de compatibilité amoureuse font la même opération : ils posent les mêmes questions aux deux partenaires, comparent les réponses, et traduisent la distance entre elles en score. Ce qu’ils mesurent, c’est donc une ressemblance : à quel point deux personnes ont répondu de la même façon, le même jour, au même questionnaire.
Une ressemblance se mesure, et elle peut être intéressante à connaître. Elle ne devient une compatibilité qu’au prix d’une hypothèse : que se ressembler aide un couple. C’est cette hypothèse que la recherche ne soutient pas pour les traits de personnalité.
Pourquoi les pourcentages n’ont pas de sens
Un pourcentage de compatibilité suppose qu’il existe une fonction connue reliant deux profils à une probabilité de réussite. Cette fonction n’existe pas dans la littérature. Ce qui existe, ce sont des associations partielles entre certaines configurations et certaines difficultés.
À quoi s’ajoute un problème de mesure : la plupart des tests de compatibilité mesurent chaque partenaire avec une dizaine de questions, sans marge d’erreur. Combiner deux mesures imprécises produit un résultat moins précis que chacune des deux, pas davantage.
Ce qu’un score ne dit pas
Un score de ressemblance traite toute proximité comme une bonne nouvelle. Or deux partenaires très réactifs émotionnellement se ressemblent parfaitement sur cette dimension, et c’est pourtant une configuration que la recherche associe à une satisfaction plus basse. Deux partenaires peu consciencieux aussi. La ressemblance ne dit pas à quel niveau on se ressemble.
Il ne dit rien non plus de la relation elle-même. Les variables qui prédisent le mieux, l’engagement perçu, l’appréciation reçue, la façon dont un conflit se referme, n’existent qu’entre deux personnes et ne figurent dans aucun questionnaire individuel. Un test passé chacun de son côté ne peut pas les voir.
Enfin, il fige deux personnes à un instant. Les traits évoluent lentement au cours de la vie, l’attachement bouge avec les relations vécues, et une relation stable fait partie de ce qui le fait bouger. Le score décrit un point de départ, pas une trajectoire.
Les trois comparaisons qui tiennent
Trois écarts entre deux profils sont documentés comme sources de tension identifiables.
La configuration d’attachement. C’est la mieux établie. L’anxiété et l’évitement élevés prédisent une satisfaction plus basse, chez celui qui les porte comme chez son partenaire, et certaines combinaisons produisent des dynamiques connues comme le cycle anxieux-évitant.
L’écart de valeurs. Les valeurs portent sur des arbitrages concrets et répétés : l’argent, le temps, les enfants, la place du travail. Deux personnes qui hiérarchisent différemment la sécurité et la stimulation ne se disputent pas sur une abstraction, elles se disputent tous les six mois sur une décision.
L’écart de disposition à l’engagement et de sociosexualité. Ces deux dimensions décrivent ce que chacun attend de la forme de la relation. Un écart marqué ne condamne rien, mais il se traduit par une négociation explicite plutôt que par une entente tacite.
Lire deux profils Big Five côte à côte
Si chacun des deux partenaires a un profil Big Five, la lecture la plus honnête se fait en deux temps.
D’abord chaque colonne, séparément. Les travaux qui ont séparé l’effet de chaque partenaire de l’effet de leur ressemblance, comme ceux de Dyrenforth, Kashy, Donnellan et Lucas (2010) sur trois grands échantillons nationaux, aboutissent au même constat : la personnalité de chacun pèse sur la satisfaction, la sienne et celle de l’autre, alors que la similarité n’ajoute presque rien. La méta-analyse de John Malouff et ses collègues (2010) va dans le même sens : une réactivité émotionnelle plus basse et une agréabilité, une conscienciosité et une extraversion plus élevées chez le partenaire vont avec une satisfaction plus haute. Dans un tableau à deux colonnes, la première chose à regarder est donc le niveau de chacun, pas l’écart.
Ensuite les écarts, comme des sujets de négociation. Un écart d’extraversion ne prédit pas l’échec, il prédit une discussion récurrente sur le temps passé avec d’autres. Un écart de conscienciosité se joue dans l’organisation du quotidien, un écart d’ouverture dans le choix des sorties, des voyages, des changements. Lu ainsi, un écart ne se note pas : il se repère, pour en parler avant qu’il ne revienne sous forme de reproche.
Enfin, la précision. Chaque score a une marge d’erreur, et un petit écart entre deux mesures imprécises peut n’en être pas un. Les facettes disent souvent plus que les cinq domaines : deux personnes également consciencieuses peuvent l’être l’une par ordre, l’autre par ambition, et ce n’est pas la même vie commune.
Pour le couple, la dimension la mieux établie reste l’attachement : les deux axes décrits sur la page du profil amoureux, et la façon dont un conflit se referme chez un partenaire sécure.
Ce que Noetly fera, et ne fera pas
La comparaison de deux profils n’existe pas encore : elle suppose que les deux partenaires aient chacun le leur, mesuré sérieusement. C’est le prochain chantier du profil amoureux.
Ce qu’elle rendra : les positions des deux partenaires sur chaque axe avec leur précision, les configurations connues pour produire des tensions nommées, et les écarts de valeurs les plus marqués.
Ce qu’elle ne rendra pas : un score de compatibilité. Les données ne le permettent pas, et un chiffre inventé ferait plus de dégâts qu’il n’apporterait de réponses.
En attendant, la première étape reste la même pour tout le monde : avoir un profil à comparer.