Le terme, d’abord
Deux vocabulaires se sont mélangés. Mary Main et Judith Solomon ont décrit dans les années 1980 un comportement chez le nourrisson, qu’elles ont appelé désorganisé parce qu’aucune stratégie cohérente n’apparaissait face au retour du parent. Kim Bartholomew et Leonard Horowitz ont décrit en 1991 le modèle adulte à quatre catégories, où le quadrant équivalent porte le nom de craintif-évitant.
C’est le mot désorganisé qui a circulé sur les réseaux, appliqué aux adultes. Les deux désignent la même région du plan, mais le terme issu de la recherche sur le nourrisson traîne des sous-entendus cliniques qu’un questionnaire d’attachement adulte ne permet pas de poser.
Ce que produisent deux alarmes simultanées
L’anxiété élevée pousse à se rapprocher pour faire cesser l’inquiétude. L’évitement élevé pousse à s’éloigner pour faire cesser l’inconfort de la proximité. Les deux se déclenchent dans la même situation, et chaque stratégie de régulation annule l’autre.
Le résultat visible est une alternance à l’intérieur d’une même relation : des semaines d’investissement intense, puis un retrait qui semble sortir de nulle part. Le déclencheur est souvent un moment de proximité réussi plutôt qu’un conflit, ce qui rend la séquence illisible pour le partenaire.
S’y ajoute une difficulté à interpréter les intentions de l’autre : un signal neutre est lu comme une menace par l’axe anxieux et comme une intrusion par l’axe évitant, parfois dans la même journée.
Pourquoi ce quadrant est le moins fréquent
Dans les échantillons adultes, la majorité des scores se répartissent entre les trois autres quadrants. Le craintif-évitant reste minoritaire, et la littérature l’associe plus souvent que les autres à des expériences relationnelles précoces marquées par la peur, où la source de réconfort était aussi la source d’inquiétude.
Cette association statistique ne dit rien d’un individu en particulier. Un score élevé sur les deux axes n’est pas la preuve d’un passé difficile, et un passé difficile ne conduit pas nécessairement là.
Ce qui aide
C’est le profil où l’accompagnement professionnel change le plus les choses, précisément parce que les deux stratégies spontanées se neutralisent : il n’existe pas de manoeuvre évidente qui apaise les deux alarmes en même temps.
Deux appuis reviennent dans la littérature sur la thérapie de couple : rendre les séquences prévisibles, en nommant à l’avance ce qui se passe quand le retrait arrive, et travailler séparément sur chaque axe plutôt que sur le quadrant, puisque les deux ne bougent pas au même rythme.
Ce que Noetly mesure
Le profil donne deux scores distincts avec leur marge d’erreur, plutôt qu’une étiquette unique. La distinction compte particulièrement ici : un profil dont l’anxiété est très élevée et l’évitement à peine au-dessus de la moyenne reçoit souvent le même nom qu’un profil extrême sur les deux axes, alors que les deux situations n’appellent pas les mêmes appuis.